Ségolène Royal et la tenaille des primaires

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Ségolène Royal ne peut qu'observer avec perplexité l'actuel dispositif du PS sur les primaires car il contient des contradictions manifestes.

La commission des réformes du PS a tenu hier une réunion sur les primaires pour 2012. C'est une étape importante pour l'ensemble de la vie politique Française.

Cette étape appelle six changements de fond.

1) Le choix du corps électoral pour participer au vote : il est désormais acquis que le vote sera ouvert au-delà des militants encartés.

Des modalités simples d'adhésion ponctuelle permettront de mobiliser des personnes qui s'estiment de cette sensibilité sans avoir préalablement franchi le pas de l'adhésion militante. Par ce biais, le PS espère mobiliser plus de 3 millions d'électeurs. C'est un enjeu important. Il y a manifestement un seuil au-delà duquel la représentativité du corps électoral donne une force au choix effectué.

En 2008, la primaire démocrate a mobilisé près de 50 millions de citoyens américains. La représentativité de l'échantillon ne peut alors être mise en cause.


2) Le calendrier de décision : les organisateurs doivent monter un dispositif qui permet d'organiser la succession de deux temps différents : le débat interne puis le rapport avec tous les électeurs.

Ces deux temps exigent une étape intermédiaire, un espace de respiration, pour que le candidat d'un parti prenne ensuite une "autre dimension".

Plus ce "temps de respiration" sera long, plus le processus de désignation devra débuter tôt. Plus ce processus débute tôt, plus il lance de fait le pays dans la présidentielle.

Aux Etats-Unis, le temps des primaires neutralise une bonne quinzaine de mois avant le scrutin. Cette réalité montre que ce qui n'est pas réalisé dans la première moitié d'un mandat a du mal à l'être dans la seconde moitié.


3) La place du parti : pour que la primaire intervienne sur des bases loyales entre les candidats, le parti ne doit pas être engagé aux côtés d'un candidat.

Cette neutralisation du parti est une logique nouvelle en France. Aux Etats-Unis, le chef d'un parti est un chairman qui reste à l'écart des candidats tant que la primaire n'a pas donné sa désignation. Il est le garant d'une compétition loyale. Puis il est le garant de la mise à disposition des rouages du parti pour le candidat désigné.


4) Le rapport entre le candidat et le projet : par définition, il y a des projets différents puisque la compétition interne repose sur des confrontations de tempéraments comme de contenus.

L'actuelle logique du PS de présenter un projet commun est presque le contraire de la logique de toute primaire comme si le candidat devenait un choix subalterne.


5) La reconnaissance des courants : la primaire est par définition la reconnaissance que des courants internes différents cohabitent. Plus la mobilisation des électeurs est large, plus elle modère la place de ces courants. La course au grand nombre adoucit les programmes. Néanmoins, le maillage du territoire en France qui repose sur des dimensions modestes va devenir un enjeu de plus en plus incontournable.


6) L'égalité des moyens : l'actuel dispositif légal français de financement des campagnes est d'une telle hypocrisie et d'un tel archaïsme, qu'il est difficile de voir comment les primaires vont vivre financièrement. Chaque candidat doit-il constituer l'équivalent du PAC aux Etats-Unis ? Qu'en est-il des dépenses cumulées dans les 12 derniers mois par rapport au plafond du candidat final ? Ce sont des sujets aux contenus encore très flous.

Ces constats montrent que le PS est engagé sur un chemin délicat qui peut apporter beaucoup de changements à la vie politique Française mais, par le nombre élevé des arbitrages à rendre, cette formule peut aussi rapidement devenir la "fausse bonne idée" engluant le PS dans des arbitrages internes sans fin ?

Il est certain que l'engagement dans un tel processus suppose encore de la part de présidentiables comme Ségolène Royal l'assurance que des contradictions soient levées sinon ce mécanisme apporte plus de problèmes que d'atouts.

  • Publié le 14 avril 2010

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