Clearstream : nouvelle escalade
Les nouvelles révélations du quotidien Le Monde constituent une étape majeure.
Par ses déclarations, Dominique de Villepin a engagé un redoutable bras de fer entre trois pouvoirs aux références bien différentes.
Depuis 1986, date du début des affaires avec le Carrefour du Développement, le pouvoir politique a "cause perdue" dans les épreuves de forces avec la presse et la justice dans le traitement des "affaires".
La presse, en fonction de ses révélations, donne le tempo. La Justice demeure le seul véritable maître des opérations. Cette appréciation ne peut être modérée qu'en fonction de l'éventuelle moindre capacité de résistance du Juge directement exposé. Le pouvoir politique donne rapidement le sentiment d'être pris en "manoeuvre tactique" pour simplement sauver la face temporairement.
Il n'y a pas d'épreuve de ce type qui, ayant connu, un certain degré de médiatisation, ait été gagnée par le pouvoir politique.
L'organisation de l'instruction et la communication multiple des pièces rendent possible voire incontournable l'évasion de l'information dés l'instant qu'au moins une des parties a intérêt à ce qu'il en soit ainsi. Cette diffusion multiple de l'information rend d'ailleurs impossible l'identification précise de l'auteur volontaire de fuites.
En réalité, depuis 20 ans, le rapport entre ces trois pouvoirs s'est totalement inversé.
Le juge décide. Le journaliste juge. Le politique commente.
L'actuel Premier Ministre risque donc de s'être placé dans une redoutable tenaille. Comment le Général Rondot peut-il nier des déclarations faites sous serment et signées de surcroît selon les étapes procédurales classiques ?
Surtout, le fait nouveau dans cette "affaire" semble devoir résider dans le fait que l'opinion publique n'accepte plus le "fusible". Dominique de Villepin sera-t-il le "fusible de trop" ? Dans l'affaire des "emplois fictifs", il est admis qu'Alain Juppé a tenu aux yeux de l'opinion publique le rôle du "fusible officiel" pour protéger l'actuel Chef de l'Etat. Dans l'affaire Clearstream, le contenu est différent mais surtout l'opinion publique paraît lasse de procédures artificielles. En 2002, le statut pénal du Chef de l'Etat devait être un grand chantier officiel. Le mandat qui s'achève risque de remettre d'actualité ce "chantier" mais dans des circonstances terriblement plus sévères aux yeux de l'opinion qui semble désormais exiger que le statut se rapproche du droit commun pour ramener à des comportements "plus respectueux". C'est une page importante qui s'ouvre sur le statut de la fonction présidentielle en France.