Ségolène Royal : pas seulement un exemple de communication performante

La communication pré-électorale de Ségolène Royal est un exemple de réussite mais elle s'inscrit également dans un vrai mouvement de fond.

La bataille de positionnement pré-présidentiel est dominée par deux attentes majeures de l'opinion publique :
* le besoin ponctuel de changement,
* l'attente structurelle de nouvelles valeurs.

Le besoin ponctuel de changement résulte d'un constat simple. La succession des actuels échecs ne peut que plaider en faveur d'une "autre politique". Le citoyen consommateur est donc non seulement prêt à zapper mais il est résolument décidé à zapper. Ségolène Royal incarne le "changement sécurisant" sur le plan intérieur car la principale attente réside dans le besoin de sécuriser la modernité. Pour la première fois à ce point, l'avenir est anxiogène. Il incarne l'aggravation des risques et l'augmentation de la solitude. Ce type de changement est trop craint pour être accepté. Il faut donc redéfinir un véritable nouveau volet social. Si le changement de personnels politiques s'identifie à un changement d'avenir collectif, l'opinion publique aura le sentiment d'un "deux en un" qui répond exactement à son attente.

Ce besoin ponctuel bien identifié par Ségolène Royal correspond par ailleurs à une vague plus profonde de l'opinion qui a "féminisé "ses valeurs majeures. Les attentes actuellement dominantes correspondent à des repères classiquement féminins :
* recherche d'harmonie,
* pacifisme,
* humanisme,
* intuition,
* modestie,
* écoute,
* sens pratique.

Dans notre revue hebdomadaire du 25/04/06 (n°37), nous avons présenté de façon détaillée ce mouvement structurant durable de l'opinion publique.

Ce territoire correspond exactement à l'actuel pouvoir d'évocation de Ségolène Royal. Sous cet angle, nous assistons donc à la réelle construction d 'une image de marque en stricte conformité avec des tendances lourdes du "marché".

Ce constat appelle trois remarques.

Tout d'abord, il est stupéfiant que l'actuelle majorité présidentielle n'ait pas cherché à faire émerger un profil féminin susceptible de canaliser cette tendance. Si certaines sociétés sont entrées dans une réelle approche du "casting politique" à l'exemple des USA ou de la GB, le vide actuel de la représentation féminine au sein de la majorité présidentielle constitue une défaillance majeure qui aura de très importantes conséquences politiques à court terme.

Ensuite, le risque principal pour Ségolène Royal réside dans l'émergence d'une parenthèse exceptionnelle dans cette tendance structurelle. Cette parenthèse ne semble actuellement pouvoir résulter que de l'apparition de tensions internationales très vives qui "remasculiniserait" le profil des prétendants.

Enfin, à force de chercher à "marginaliser" la candidature de Ségolène Royal, ses concurrents n'entament pas un vrai examen contradictoire de son profil qui, en de nombreux points, est en profonde contradiction avec son actuel positionnement. Elle fait aussi partie de la "génération Mitterrand". En 1995 déjà, elle avait effectué un "tour de piste" lors de la désignation des primaires socialistes pour la présidentielle... Cette "déformation du connu" doit classiquement toujours être opérée assez tôt pour ne pas passer pour une simple manoeuvre électorale. Or ses concurrents internes au PS ne sont plus crédibles pour la conduire car leurs attaques initiales ont été tellement "machistes" et maladroites qu'elles ont perdu en crédibilité. Quant à ses vrais concurrents politiques, ils semblent trop occupés par des querelles internes. Dans de telles circonstances, la voie paraît bien libre. Ce calendrier pèsera beaucoup dans les dernières semaines avant l'élection...

  • Publié le 8 mai 2006

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