Clearstream : la première "campagne négative" à la française ?
Avec Clearstream, la France découvre la différence entre l'objectivement probable et le subjectivement certain...
Dans le monde politique américain, la campagne négative repose sur un bon sentiment : celui du "citoyen averti".
Le "citoyen averti" est à la démocratie ce qu'est le "consommateur averti" à la consommation courante. C'est celui qui sait déchiffrer les fausses promesses, poser les bonnes questions, ne se laisse pas piéger par les annonces racoleuses...
Mais comment construire un "citoyen averti" ?
Il y a deux étapes. La première réside dans la dénonciation du "complot" du concurrent. La seconde consiste dans la "publicité comparative".
L'étape du complot est simple. Il s'agit de dénoncer publiquement des comportements qui portent atteinte à la considération du citoyen, qui cherchent à le manoeuvrer, l'induire en erreur. Cette campagne généralement cherche moins à révèler le réel qu'à construire ce qu'on est amené à croire qu'il est.
La seconde étape est celle de "la publicité comparative". Il est alors question de montrer que d'autres pratiques sont possibles. Il faut donc changer "le Pouvoir".
Cette technique est courante aux USA. Sa dernière victoire est celle du Parti Conservateur au Canada lors des élections de janvier 2006 (voir notre dossier spécial de février 2006 et la lettre 22 du 10/01/06).
Cette tactique donne actuellement d'excellents résultats dans une époque où le groupe social cherche plus à croire qu'à comprendre.
Mais jusqu'à ce jour, une telle tactique repose sur des oppositions claires, primaires, frontales. L'originalité est que cette campagne négative intervient au sein d'une même Gouvernement. Là est peut être le maillon faible du dispositif ? Si la campagne porte tous "ses fruits", ne peut-elle pas emporter aussi des "victimes colatérales" ? C'est la limite et le risque de la démarche de Nicolas Sarkozy.
De plus, ce climat cache le reste des actions. il n'est plus question de la loi sur l'immigration ou de celle à venir sur l'eau. Pourtant, sur ces deux sujets, personne ne peut nier leur importance capitale. Si le Gouvernement ne peut manifestement pas tenir longtemps dans une telle ambiance, c'est probablement le même enjeu pour les "victimes notoires" qui ne peuvent pas conduire une telle rupture de l'intérieur. L'opinion risque de ne pas voir les vraies subtilités et le chaos peut ratisser large...