Cleartream : le boulet de la majorité sortante
Le Chef de l'Etat adopte une riposte qui n'intègre pas son désaisissement de l'organisation du temps.
En réaffirmant simplement des principes à caractère général, la déclaration du Président de la République constitue une riposte peu adaptée à l'ampleur du scandale et surtout aux multiples rebondissements inhérents au calendrier de l'instruction.
Ce climat préélectoral trouve un équivalent dans la récente campagne fédérale canadienne de Janvier 2006. Certes, le sujet était différent. Le scandale dit des "commandites" n'a aucun rapport avec l'objet de Clearstream. Mais la conduite des opérations et leurs conséquences méritent des parallèles intéressants.
Les campagnes électorales sont désormais marquées par l'élimination plus que par l'adhésion. Les électeurs sanctionnent davantage qu'ils n'encouragent. Par conséquent, chaque fois qu'un pouvoir accepte de s'inscrire dans la durée avec un élément négatif fort, il prend un énorme risque dans un tel coontexte.
Deuxième constat, l'électorat vit désormais dans une logique de mémoires successives. La notion de bilan au sens classique du terme, avec ce qu'elle suppose de rapports entre un actif et un passif, ne correspond plus à la réalité du moment de la psychologie électorale. Par conséquent, tout pouvoir qui n'accepte pas de "purger" une fois pour toutes un sujet de ce type prend le risque de voir resurgir en permanence divers rebondissements qui maintiennent à la une un dossier aussi dramatique en conséquences électorales.
Le Gouvernement libéral canadien avait choisi un axe de défense conforme aux réactions traditionnelles. Il a subi en janvier 2006 une défaite historique. Si la Présidence de la République française maintient un tel axe de défense, c'est un tournant majeur dans la campagne présidentielle de 2007. Cet axe pose ouvertement la question du maintien de Nicolas Sarkozy dans le Gouvernement. L'opinion publique ne risque-t-elle pas de considérer qu'à force de demeurer rassemblés tous les intéressés se ressemblent ?
Dans les moments de crise de ce type, l'opinion adopte souvent une approche binaire peu ouverte aux nuances. C'est un pari très risqué qui vient d'être pris pour l'ensemble de la majorité présidentielle sortante.