Clearstream : un incendie en voie d'être contenu ?
Les derniers jours de la semaine ont été marqués par un certain apaisement face à un pouvoir jouant manifestement la durée et la colatéralisation des dommages non sans succès.
Avant la semaine prochaine prochaine marquée par le débat sur la motion de censure et par la première des deux auditions du Général Rondot, un tour d'horizon politique s'impose.
Si chacun s'accorde à reconnaître l'extrême gravité des faits présumés et la consternante révélation de la "culture de gouvernement" qu'ils portent, force est de constater aussi que les conséquences politiques demeurent à ce jour encore assez bien sectorisées.
Trois explications semblent justifier une telle réalité politique.
Tout d'abord, dans un système entièrement bipolarisé, le PS ne parvient pas à capitaliser la situation présente. La raison est simple. Sur les vraies priorités de l'opinion (délinquance, immigration, économie), le PS est soit en rupture dans son discours avec les attentes fortement majoritaires des français y compris au sein de son propre électorat soit en panne de crédibilité pour incarner l'alternance.
Cette fragilité complique tout l'équilibre du jeu politique et constitue actuellement la "vraie chance" du pouvoir.
Ensuite, l'opposition n'a pas encore de vrai leader de "rechange". Le coefficient d'intention de vote en faveur de Ségolène Royal est d'abord un coefficient de sympathie mais il reste encore loin pour qu'il se concrétise en vote. Sa base d'intention de vote est très éclatée et comprend des strates qui retourneront probablement vite à des ancrages plus classiques au fur et à mesure que les vraies échéances approcheront. Pour "imaginer la différence", il suffit d'imaginer le positionnement qui aurait été celui de F. Mitterrand avant 1981 face à un pouvoir fragilisé par une telle crise...
L'actuel silence de Lionel Jospin vise-t-il à conduire les sympathisants PS à constater combien en son absence la "parole socialiste" est faible y compris dans de telles circonstances ?
C'est l'actuelle deuxième chance du Gouvernement.
Enfin, les personnalités les plus exposées (Président de la République et Premier Ministre) étaient déjà à des étiages de popularité tellement faibles qu'ils ne peuvent mécaniquement pas enregistrer de chute significative. A la différence de la crise du CPE, il n'y a pas de chiffre permettant de donner une assiette "objective" au décrochage de l'opinion. Les deux responsables de l'exécutif puisaient déjà dans les "fonds de cale".
Ces trois volets montrent qu'en l'absence de révélation à la crédibilité immédiate incontestable, le choix de la durée de l'exécutif n'est pas nécessairement voué à l'échec loin s'en faut même si en effet il ne témoigne pas d'une exemplarité au niveau des principes.
Alors qu'elle va débuter dans près d 'un mois, il y a 49 % des Français qui pensent que la France a une chance de gagner la Coupe du monde de football (enquête IFOP pour Paris Match). Si tout se passe bien, les préoccupations vont donc vite changer avant même la coupure des vacances d'été.