Ségolène Royal : "where is the beef ?"

La candidate socialiste, chouchou des sondages, accorde un entretien aux Echos. Attendue au tournant, elle laisse chacun sur sa faim.

Dans les années 80, les USA ont connu un candidat qui a vécu une poussée spectaculaire mais éphémère : Gary Hart. Il surfait sur les "idées nouvelles". Il fallait changer, moderniser, faire appel à une nouvelle génération...

Son concurrent dans les primaires de l'époque, Walter Mondale lança une formule qui fit mouche "where is the beef ?".
En demandant ainsi "où est la viande ?", le leader démocrate indiquait tout simplement que chacun restait sur sa faim derrière les belles formules générales.

L'entretien accordé aux Echos par Ségolène Royal laisse un sentiment identique. Un exemple caricatural réside dans sa réponse à la question "faut-il s'opposer aux délocalisations ?". La leader socialiste répond : "il ne faut jamais s'y résigner". Dans de telles circonstances, chaque citoyen ne peut que souhaiter le "devoir de relance" du journaliste pour chercher le contenu réel de cette réponse mais cette relance n'est pas encore dans les moeurs de la démocratie française.

Cet entretien illustre toute l'actuelle ambiguité de la popularité de Ségolène Royal. Son positionnement conceptuel est totalement contradictoire. Elle cherche à mettre un contenu de gauche dans une contenant de droite. Chaque terme pourrait être utilisé par un candidat UMP. Mais quand elle va au-delà du mot, elle lui donne un contenu qui soit acceptable pour son camp politique de base : la gauche. Quel chef d'entreprise peut-elle convaincre que "l'efficacité économique" passe par l'augmentation du SMIC ?

La réalité politique du 1er tour des présidentielles est à chercher ailleurs. Soit l'organisation des candidatures à gauche est telle en 2007 qu'il n'y a pas d'émiettement et alors Ségolène Royal, grâce à un 1er tour fermé dans son camp, peut commencer un positionnement de second tour. Soit au contraire, le 1er tour est ouvert à gauche par la multiplication des candidatures et le positionnement de Ségolène Royal est très proche de celui de Lionel Jospin en avril 2002 et il est alors à craindre que l'électorat de gauche se disperse sur d'autres candidats plus "lisibles" pour lui.

La vraie rupture au sein du PS est là.
Il y a d'un côté les tenants de l'approche des campagnes de 1981 et 1988 qui sont passées au 1er tour par le plein des voix de gauche grâce à un discours très à gauche puis une modération pour le second tour pour aller chercher des voix du centre.
Il y a d'un autre côté ceux qui sont tentés par un autre discours plus social-démocrate et qui, de peur d'une vraie rupture, s'engagent dans une dialectique très complexe.

Un ancien Président de la République indiquait que la présidentielle se gagnait à gauche pour un candidat de droite et à droite pour un candidat de gauche mais en 2 étapes succesives. Tout l'art réside dans l'ouverture laissée par le 1er tour pour mener ensuite cette évolution.

Nicolas Sarkozy est dans une approche classique. D'abord faire le plein des voix de son camp d'ancrage. Ségolène Royal se prépare différemment. La "1ère femme" dans le rôle habituel du "3ème homme" risque d'éprouver des difficultés croissantes à continuer sur cette voie (cf notre lettre 24 du 24/01/06). L'entretien donné aux Echos confirme cette crainte.

  • Publié le 19 mai 2006

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