Ségolène Royal : le droit chemin
La leader socialiste prend en considération toutes les conséquences de la démocratie permanente d'opinion désormais en vigueur et joue délibérément les majorités culturelles de préférence aux majorités politiques internes aux partis. Une démarche atypique qui a le mérite du courage et de la novation.
Le régime des primaires place désormais la vie politique française dans le dilemne de bon nombre de candidats étrangers déjà exposés à ce redoutable mécanisme de sélection des candidatures.
La marche à l'investiture suppose de concilier l'opinion dans son ensemble qui sera l'arbitre ultime en cas de candidature définitive et l'enjeu des votes des militants à l'intérieur même de sa formation politique.
Dans la quasi-totalité des cas, les repères militants ne sont pas ceux de l'opinion. Des décalages parfois considérables interviennent. C'est le cas par exemple aux Etats-Unis. Au sein du camp démocrate, les opinions pour l'avortement, pour la légalisation des mariages homosexuels, le poids de la fiscalité pour honorer des dépenses de solidarité ... occupent une place bien plus importante que dans le reste de la population.
Dans le camp républicain, un intégrisme religieux conduit à des positions bien plus strictes que la ligne de conduite attendue par l'opinion sur des sujets philosophiques. La conception impériale des relations internationales est également surreprésentée dans le camp républicain.
La vie politique française n'échappe pas à cette logique. L'opinion des militants d'un parti n'est jamais ou très rarement représentative de l'opinion publique en général.
Pour le Parti Socialiste français, ce clivage intervient dans plusieurs domaines majeurs dont la sécurité, l'entreprise et l'Europe.
La qualité principale des dernières prises de position de Ségolène Royal c'est :
1) d'adresser des messages à l'ensemble de l'opinion et pas seulement aux militants de son parti,
2) de rappeler qu'il est naturel de faire ainsi car elle est candidate à la fonction présidentielle et non pas à celle de 1er secrétaire de son parti,
3) cette démarche est probablement la meilleure façon d'éviter la "parole d'élection" aussitôt désavouée lorsqu'elle devient confrontée aux réalités des arbitrages du pouvoir.
Par ailleurs, cette démarche est peut-être une étape déterminante vers la recomposition nécessaire de l'échiquier politique français autour d'un vrai pôle social-démocrate.
Ceux qui mettent en cause Ségolène Royal pour ses déclarations, à l'exemple de Jack Lang, devraient d'abord s'expliquer sur la capacité qui peut être la leur à présenter un programme sérieux et cohérent quand ce programme doit être signé par des personnalités aux thèses aussi opposées sur l'Europe, l'entreprise... N'est-il pas temps de clarifier les vrais ancrages ?
Il y a là un enjeu majeur pour la vie politique française que la remise en question des fonds de commerces électoraux traditionnels qui ne correspondent plus aux nouvelles lignes de frontières de l'opinion publique ( voir notre lettre hebdomadaire du 30/08/2005).