Jacques Chirac se fait le porte parole de la Nation

En recevant l'équipe de France de football à l'Elysée, le Président retrouve un registre dans lequel il excelle, celui du porte-parole de la Nation.

Sur le site de Verdun, J. Chirac avait effectué un discours de grande qualité sur la Nation française.

Tous les exemples ont été donnés de la diversité de la Nation et de ses capacités de rassemblement au-delà de cette diversité.

Empêtré dans diverses causes de mécontentement, ce discours n'avaitait pas eu l'impact mérité attestant, si besoin était, que la parole présidentielle devenait désormais moins audible.

C'est le même sentiment qui doit être le sien avec ce retour en demi-teinte de l'équipe de France de football qui a certes réalisé un parcours remarquable mais altéré par le résultat de la finale et par le geste malheureux ayant conduit à l'exclusion de Z. Zidane.

Autant de circonstances dans lesquelles, le Président de la République se veut le "ciment de l'unité nationale" bien au-delà des fractures qui peuvent marquer la société française actuelle.

La première fracture est entre les Français et l'avenir. L'avenir était traditionnellement porteur de progrès. Il est désormais le symbole d'un monde déboussolé sans sortie de tunnel déjà perceptible. Il est perçu comme un demain où il ne serait plus question de bien vivre mais seulement de survivre.

Ce sentiment, pour partie irrationnel, a fait naître une seconde fracture entre les élites et les citoyens. Les élites ont dégagé le sentiment de ne pas être soumises aux mêmes contraintes que celles du grand nombre. Elles bénéficient de protections particulières qui leur épargnent les pires embûches. Au moment même où la crise ne les frappe donc pas « comme tout le monde », les élites sont manifestement incapables de régler les principaux dossiers de nature à permettre au plus grand nombre de mieux vivre.
Ces deux facteurs ont créé un nouveau « besoin de vengeance ». Là est la vraie fracture majeure.

Depuis « l'idéal révolutionnaire », l'inconscient collectif français est structuré autour de l'image du peuple qui peut faire « tomber la tête du Roi ».
Telle est à ce jour la probable réalité du « climat citoyen » en France.

Dans ce climat général, une victoire de l'équipe de France aurait apaisé les tensions et surtout optimisé les perspectives. De nombreux commentaires auraient même parlé de "résurrection" d'une équipe vouée aux pires critiques il y a pas moins de 5 semaines. De là à pratiquer certaines analogies particulièrement évocatrices, il n'y aurait eu qu'un pas bien vite franchi. Mais voilà le résultat final en a décidé autrement. Bien davantage, la rentrée risque de ramener des "anciens démons" de cette équipe à cette époque quittée par des leaders emblématiques au moment où la phase qualificative pour la Coupe d'Europe s'annonce rude.

En 1998, avec le n°23, le Président était le 23ème gagnant de l'équipe. Même sans n°23 ostentatoire cette année, il risque bien d'être désormais aussi le 23ème perdant.

  • Publié le 10 juillet 2006

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