La menace de Jean Luc Mélenchon contre Ségolène Royal
Le lieutenant de Laurent Fabius menace de division dans l'hypothèse d'une désignation de Ségolène Royal. Il déclare ne pas trouver "son compte dans ce qu'elle dit".
Derrière les effets propres à mobiliser chacun des camps, la remarque de Jean Luc Mélenchon pose de vraies questions de fond que le Parti Socialiste se doit d'aborder avec responsabilité et loyauté par rapport à ses militants comme pour l'ensemble des citoyens.
La vie politique française va mal. La représentation politique est en crise. Quoi de plus naturel quand l'une et l'autre fonctionnent toujours sur des clivages qui ne sont plus ceux de la société ?
Le temps de l'opposition droite/gauche est passé. A l'issue de plusieurs cohabitations, il a pris fin au début du nouveau millénaire.
La société vit désormais un clivage entre les modernistes et les conservatistes.
Les premiers sont ceux qui croient au développement personnel, à l'individualisation des vies et à l'internationalisation incontournable.
Les seconds refusent de fait ce qu'ils pensent être le nouveau millénaire parce qu'il est pour eux le siècle de toutes les peurs : la mondialisation, le terrorisme, les précarités généralisées y compris sur le devenir même de la planète avec le dossier de plus en plus vulgarisé du réchauffement climatique.
La difficulté résulte du fait que ce nouveau clivage ne recouvre pas les frontières de l'ancienne organisation de nos forces politiques. La vie politique ne recouvre plus les grands repères de la réalité sociologique. Le vote du 29 mai 2005 à l'occasion du référendum sur le traité européen est le 1er scrutin à consacrer aussi manifestement l'émergence de cette évolution. Parce qu'elle ne correspond pas aux repères anciens, cette évolution fait imploser les composantes politiques traditionnelles au sein desquelles cohabitent désormais des tenants de lectures trop éclatées de l'avenir.
Du décalage entre la France politique et la France sociologique naît la paralysie de notre pays face à la modernité. Les scrutins sont construits sur une "parole d'élection" qui ne peut pas être le socle d'actions car elle n'a pas d'ancrage sociologique majoritaire réel.
Chaque coalition politique continue sur la lancée de son histoire, avance avec les à-coups d'intérêts à court terme de son leader. Mais, en aucun cas, elle n'a eu le courage de regarder en face cette nouvelle réalité.
Laurent Fabius a quitté son positionnement de "techno-crake" moderne pour revenir aux coalitions de l'ancien siècle. Il a tourné la page de la seconde moitié des années 80 qui l'avait vu proclamé champion d'une "société moderne", la "France branchée" qui accepte le marché, l'Europe et les nouvelles technologies.
Le 1er semestre 2005 l'a replacé en fidèle héritier de François Mitterrand cherchant à rassembler la "gauche" pour battre la "droite". Sacré défi puisqu'il existe désormais plusieurs gauches comme plusieurs droites toutes aussi éclatées les unes que les autres. Sur cette ligne, ce ne peut être que la poursuite de l'ère du vide des dernières années car comment concilier les inconciliables si ce n'est en maintenant une parole d'élection tellement déconnectée des réalités qu'elle ne peut avoir valeur de contrat pour l'action.
Face à cette logique, il en est une autre ouverte par l'entretien de Michel Rocard dans le Nouvel Observateur du 20/08/05. Tourner la page des anciennes grilles de lectures pour avoir le courage d'ouvrir une page blanche qui corresponde à la réalité sociologique présente. Existe-t-il un espace politique pour un parti social démocrate européen en France ? Est-il possible de créer un "new Labour" à la Française et si oui quelles en seraient les conséquences ?
Dans ce cas, quel espace politique resterait-il à l'UDF ? Des sociaux modérés UMP cohabiteraient-ils encore longtemps avec leurs collègues dirigistes ou franchement libéraux ?
C'est l'ensemble de l'échiquier politique qui pourrait ainsi vivre une recomposition historique. N'est ce pas là le rôle des élections Présidentielles : bâtir le plus petit commun dénominateur qui peut aller jusqu'au seul ciment d'un vote de simple rejet ou construire des majorités d'idées et de projets qui reposent sur une vision partagée de l'avenir ?
C'est le débat majeur qui se pose aujourd'hui à l'ensemble des décideurs publics. Ils savent que les nouvelles frontières imposeront des recompositions parfois aventurières à l'origine. Mais n'est ce pas le prix de la clarté ultérieure qui seule permet d'avancer ?
Au moment où la France prend du retard dans de très nombreux domaines avec des citoyens en proie à un mal-être préoccupant, qui sera le 1er leader à "franchir les lignes jaunes" habituelles ?
S'en remettra-t-il aux vents classiques ou succombera-t-il à l'appel du large ? Derrière les actuelles polémiques, c'est l'ensemble de l'échiquier politique qui peut trouver un nouvel équilibre historique.