Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : la popularité anti-système
Toutes les dernières enquêtes montrent que ces deux leaders ont creusé la différence. Leur popularité est d'abord celle de rebelles contre le système classique de leur parti. Des positionnements atypiques qui traduisent l'évolution de l'opinion.
Jusqu'à ce jour, l'élection présidentielle française répondait à un code strict :
* si le représentant du pouvoir sortant n'était plus en état de se représenter, il devait adouber son "héritier",
* pour les autres candidats, ils avaient blanchi sous les candidatures successives attestant de leur tenacité,
* chaque candidat devait s'entourer de mystère pour créer l'évocation de "l'homme providentiel" donc par définition "hors du commun".
Tous ces repères explosent.
Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont suivi un cursus commun :
* ils n'ont reçu aucun adoubement mais bien au contraire ont subi les critiques des représentants du système dans leurs partis respectifs,
* ils ont à peine 50 ans et vont vivre leur premier essai à la présidentielle,
* ils sont proches et acceptent de vivre comme chacun : jogging sur la plage, bain avec bouée ...
Bien davantage, ceux qui continuent d'incarner l'ancien cursus ne parviennent pas à décoller :
* Laurent Fabius qui incarne de façon caricaturale la caste technocratique est un nain dans les sondages alors qu'il est l'une des meilleures mécaniques intellectuelles,
* Jack Lang est l'héritier de la mitterrandie,
* DSK est le Giscard de gauche,
* Lionel Jospin a le filet de compassion qui lui évite le score qui deviendrait une insulte à son passé,
* quant à Dominique de Villepin, il ne peut se détacher de la filiation présidentielle.
L'opinion veut vraiment tourner la page d'une époque. Ses chouchous sont des "anti-système" : des modérés à l'extrême que demeure JM Le Pen.
A son tour, la vie politique française s'apprête à changer de régime et de génération avec des enfants de l'ancien régime mais ayant eu le talent, la chance, l'instinct de s'en détacher assez tôt pour ne pas être emportés.
Si ce climat persiste, il faudra que les programmes traduisent la même évolution. Dans toutes les dernières campagnes présidentielles, il a fallu attendre janvier pour que les vraies positions se figent. Janvier est le moment où l'opinion abandonne l'instant pour penser à l'avenir.
Ce contexte va peut-être emporter aussi cette tradition du tournant de janvier ...?