Ségolène Royal et l'union nationale : les chouchous des Français
Un sondage CSA réalisé pour France Info rappelle l'attachement des Français à un Gouvernement d'union nationale. Cette proportion atteint 68 % des Français mais aussi 71 % chez les sympathisants de gauche.
Cette enquête va peser lourd dans le climat de la prochaine présidentielle. Il est en effet difficile de créer un contexte de coupure entre deux camps quand le pays attend aussi massivement l'union nationale.
L'union nationale peut se définir comme l'adhésion largement répandue dans un groupe social à un ensemble de valeurs relatives aux modalités de la vie en collectivité.
Toutes les dernières enquêtes d'opinion laissaient apparaître un vrai retour en force de cette notion « d'union nationale » (voir la lettre Expriméo 42).
La cohabitation avait initialement bénéficié de ce climat. L'idée que des forces politiques opposées pouvaient s'entendre pour conduire une politique commune sur des enjeux majeurs.
Mais la cohabitation s'est vite éloignée de cette attente pour être perçue comme une situation de blocage ou de marchandages généralisés. Au début des années 2000, la cohabitation a donc eu mauvaise presse. Avec les actuels excès d'un pouvoir aux mains d'un seul et même parti, reprend corps le sentiment qu'une union nationale pourrait à la fois modérer les excès et permettre d'avancer.
En réalité, si l'union nationale existe déjà dans la vie politique française, c'est d'abord l'union du refus. Là, il s'agirait de passer à une union pour affronter le futur. C'est une autre perspective.
Deux catégories d'unions doivent être distinguées :
* l'union-unanimité,
* l'union-contrat.
Le premier cas paraît difficilement concevable en dehors de périodes de crises particulièrement graves.
En revanche, l'union-contrat peut trouver des applications modernes intéressantes en « période ordinaire ».
De quoi est-il alors question ?
L'union n'abolit pas les différences. Mais ces différences deviennent compatibles avec un contrat commun.
Derrière cette approche d'union-contrat, il y a le sentiment que les partis politiques doivent cesser de ne penser qu'à la victoire ou à la revanche électorale pour s'occuper davantage du pays, de ses vrais défis, de l'avenir.
Des pays voisins ont beaucoup progressé dans cette voie. La Grande Bretagne pour lutter contre des formes de séparatismes. Plus dernièrement, l'Allemagne pour sortir d'une crise politique durable liée à la difficulté de dégager une majorité franche.
La France est peu habituée à cette approche.
Avant toute perspective d'union nationale doit intervenir comme étape préalable la dédramatisation des enjeux électoraux.
Deuxième étape, la vie politique doit être vécue comme un ensemble de réponses pratiques à mettre en oeuvre et non pas comme des enjeux théoriques permanents.
Si la dédramatisation et l'apport en réponses pratiques gagnent du terrain, ils préparent alors une possibilité d'union nationale.
Tant que ces deux étapes ne sont pas franchies, l'union nationale semble lointaine.
Il est certain que la présente période s'apparente de plus en plus à l'agonie d'un déséquilibre institutionnel. Mais de là à imaginer que, même dans des circonstances difficiles, le pays se préparerait véritablement à une union nationale, il y a une large marge.
Ce qui est certain c'est que les exigences de réformes imposent une nouvelle approche pour éviter le blocage permanent du jeu social.
La prochaine présidentielle aura pour enjeu important la redéfinition d'un nouveau vouloir-vivre ensemble. Cette réponse sera au centre des contenus.
Cette aspiration à une plus vie politique apaisée s'inscrit en totale cohérence avec la seconde aspiration majeure incarnée par la popularité de Ségolène Royal. Cette popularité repose d'abord sur la féminisation qu'elle représente. Cette féminisation dégage une capacité d'harmonie qui est à l'opposé de l'approche masculine classique faite de compétition et d'affrontements.
Pour le moment, l'opinion publique dégage progressivement des tendances lourdes très cohérentes.