Jacques Chirac et le tournant de janvier
Interrogé sur Europe 1, le Chef de l'Etat a multiplié les déclarations témoignant de son implication personnelle forte et déterminée dans la conduite des grands dossiers. Une façon pour lui de rester dans la course en sachant que le vrai tournant habituel intervient lors du mois de janvier de l'année électorale concernée.
Aucun domaine n'a échappé à l'action de différence entre lui et le Président de l'UMP.
Le Chef de l'Etat entend rester maître d'un calendrier dont l'expérience montre que traditionnellement il y a le lancement de l'élection présidentielle en janvier de l'année considérée.
Ce mois de janvier est celui qui redistribue toutes les cartes.
En 1981, avant janvier 1981, Michel Rocard est le chouchou des sondages. En janvier 1981, tout bascule. François Mitterrand passe à l'offensive et la candidature Rocard prend fin.
En 1988, le mois de janvier est l'époque où le Premier Ministre décroche définitivement dans les sondages et même les opérations de "fierté nationale" ne renverseront pas la tendance.
En 1995, janvier est le mois de l'inversion des dynamiques entre Balladur et Chirac.
En 2002, janvier est la fin de l'embellie du "troisième homme". C'est l'ancrage du FN dans de hauts scores. C'est le tassement des intentions pour Lionel Jospin.
Pour la présidentielle, le mois de janvier est historiquement le mois où l'opinion quitte les "bonnes intentions de l'instant" pour prendre rang en "décideurs citoyens".
Pour avoir connu directement chacune de ces campagnes présidentielles depuis 1981, Jacques Chirac sait donc qu'à l'automne qui précède "aucun rapport de forces n'est plié".
La vraie question qui demeure est double :
* quel sera le positionnement de J. Chirac pendant la présidentielle ?
* jusqu'où le candidat UMP pourra-t-il s'en désolidariser sans craindre les mesures de rétorsions du dernier carré de fidèles ?
L'élection de 2007 sera une élection d'un nouveau type.
Ce sera une élection éclatée et une élection raisonnée.
Une élection éclatée, par la diversité des sujets, des candidatures, des profils.
Une élection raisonnée, car le traumatisme du 21 avril 2002 privant la Nation d'un vrai second tour républicain pèsera très lourd dans le « vote utile ».
Dans le poids entre ces deux critères (éclatement et raison), la situation de 2007 est presque à l'opposé de celle de 2002.
En 2002, l'élite politique était raisonnée par le fait de la cohabitation qui signifiait une part de bilan commun ou du moins partagé. En réaction, l'opinion fut éclatée et se répartit nouvellement sur le spectre du choix démocratique.
En 2007, l'élite politique est éclatée car cette élection est à la fois une fin de règne et une fin de régime mais l'opinion sera raisonnée car elle attend un vrai second tour avec une offre d'alternative républicaine.
Dans ce contexte, la marginalisation présidentielle parait progressivement incontournable. Elle ne pourrait être évitée que grâce à une forte cote de popularité. C'est l'enjeu des prochaines semaines. Pour peser, J. Chirac doit pouvoir aborder le mois de janvier 2007 avec une bonne cote de popularité. C'est un défi important qui reste à livrer (voir lettre Expriméo 55).