Nicolas Sarkozy face à la préfectorale qui devient
Les déclarations du Préfet de Seine St Denis sont assez surprenantes. Encore davantage l'étalage de correspondances qui font la une de publications. Une situation atypique peu opportune pour le Ministre de l'Intérieur.
La sécurité sera l'un des dossiers clefs de la prochaine présidentielle. Les déclarations du Préfet de Seine St Denis ouvrent un débat dont les chiffres actuellement disponibles montrent que l'opinion publique a à ce jour un positionnement qui impose beaucoup de précautions.
Tout d'abord, la sécurité n'est pas la première priorité des Français. La dernière enquête réalisée par l'IFOP pour le tableau de bord politique de Paris Match (juin 2006) rappelle que l'attente des thèmes à aborder pour la prochaine élection présidentielle est la suivante :
chômage : 34 %,
protection sociale : 15 %,
sécurité : 14 %,
éducation : 14 %
immigration : 11 %
la place de la France dans le monde : 6 %.
Ce classement traduit une progression de la sécurité qui, en mai 2006, était devancée par les questions d'éducation. Cette évolution est probablement liée à cette époque aux incidents de Montfermeil.
L'attente d'actions précises prioritaires en matière de sécurité correspond à un profil très précis :
personnes âgées de plus de 65 ans,
aux sensibilités partisanes fortement ancrées à droite.
De façon étonnante, cette attente arrive à égalité dans les espaces à dominante urbaine et dans les espaces à dominante rurale.
Autre question : l'appréciation quant à l'évolution de la sécurité. A la question « selon vous l'insécurité a plutôt tendance à augmenter, à diminuer ou à rester stable » (enquête BVA pour Le Figaro 07/06/06), 45 % considèrent qu'elle a tendance à augmenter pour seulement 9 % à diminuer et 45 % à rester stable.
Par conséquent, même s'il importe de garder à l'esprit que 56 % des français considèrent que Nicolas Sarkozy « fait les bons choix », l'appréciation sur les résultats pratiques de « ces bons choix » demeure très mitigé.
Quatrième question : existe-t-il une seule politique pour lutter contre l'insécurité, bref pour résumer de façon simplifiée est-ce que Ségolène Royal = Nicolas Sarkozy ?
La réponse est non pour 46 % mais surtout pour 57 % des électeurs de gauche dont 58 % du PS.
Par conséquent, même quand Ségolène Royal effectue des propositions que la droite analyse comme un « ralliement », pour 57 % des électeurs de gauche, cet argument n'a pas prise. En réalité, cet argument tend plutôt à convaincre les électeurs de droite que les politiques seraient les mêmes… Ce qui signifie que quand la droite utilise cet argument, elle s'enlève un argument de différenciation à l'intérieur de son propre camp politique.
Enfin, la 1ère cause de l'augmentation de l'insécurité est considérée comme étant « la dégradation des conditions de vie et l'augmentation de la pauvreté » (81 % sont d'accord avec cette analyse) alors même que l'appréciation que « l'insécurité est avant due au trop grand nombre d'immigrés en France » ne recueille que 31 % d'opinions favorables.
Tous ces repères traduisent une opinion susceptible de beaucoup bouger (voir notre lettre 44 du 13/06/06).