Nicolas Sarkozy interpelle la justice "au nom du peuple"

Le Ministre de l'Intérieur pose des questions de fond et le fait non sans ironie "au nom du peuple" ; formule qui figure en tête de tout jugement ...

Chaque jugement est rendu « au nom du peuple ».

Mais un juge rencontre-t-il le peuple ? Quand lui rend-il compte ?

Depuis le milieu des années 80, les relations entre la justice et la politique ont beaucoup évolué.

Cette évolution traduit un changement profond des rôles respectifs des différents « pouvoirs ». A l'origine, la répartition des fonctions est supposée simple:
* le politique décide,
* le juge contrôle l'application de la loi,
* le journaliste relate les faits et les commente.

Ce schéma a beaucoup changé. Désormais, dans les faits, le journaliste devient celui qui juge chaque jour et publiquement. Le juge décide en dégageant le sentiment qu'il est l'ultime, voire le seul, pouvoir dans un univers institutionnel excessivement précarisé. Le politique commente et devient une sorte de journaliste observateur de la situation qu'il est pourtant censé maîtriser par ailleurs…

Dans cette confusion des rôles, les trois « pouvoirs » sont perdants.

Comment comprendre que les juges puissent récuser toute faculté de commentaires sur leurs travaux quand un juge s'exprime lui, es qualité, sur le Ministre de l'Intérieur sur un plateau télé comme ce jour sur France 2 lors du journal de 13 heures ?

Après la commission Outreau, les vraies questions n'ont pas été abordées et encore moins résolues.

Depuis 20 ans la justice est le parent pauvre de la Vème République en matière de moyens. Avec la judiciarisation de la société, les conséquences graves de cette situation sont de plus en plus manifestes.

Mais tout n'est pas qu'une question de moyens matériels.C'est l'ensemble de la place du juge dans la société qui doit être redéfinie.

Le juge a considérablement gagné en pouvoirs. Pouvoir et responsabilité doivent toujours être intimement liés car ce sont les deux facettes de l'autorité : l'une étant la contrepartie naturelle de l'autre.

La vie publique française retrouvera un sens quand elle intégrera pratiquement cette réalité. Plus une personne détient du pouvoir, plus cette personne doit être irréprochable et exposée à des mécanismes forts de contrôles.

Les politiques ont connu cette évolution. Aucune institution ne peut rester à l'écart de mécanismes de contrôles et de responsabilités.

Comme pour les régimes spéciaux de retraite, Nicolas Sarkozy vient de faire entendre une voix différente qui devrait lui permettre de montrer "la rupture nécessaire".

  • Publié le 22 septembre 2006

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