Dominique Strauss Kahn connait un réel nouveau souffle
Dans un entretien au Journal du Dimanche de ce jour, DSK confirme qu'il "sent comme un frémissement". Les dernières enquêtes traduisent en effet un incontestable changement de seuil quant à son niveau de popularité comme d'intentions de votes.
DSK a probablement été le premier bénéficiaire du retrait de Lionel Jospin. C'est surtout celui qui a endossé le plus clairement le positionnement social-démocrate qui est le sien.
Si la représentation politique française est aujourd'hui en crise, c'est parce que la société ne vit plus désormais selon un clivage droite / gauche mais selon un clivage entre les modernistes et les conservatistes.
Les premiers sont ceux qui croient au développement personnel, à l'individualisation des vies et à l'internationalisation incontournable.
Les seconds refusent de fait ce qu'ils pensent être le nouveau millénaire parce qu'il est pour eux le siècle de toutes les peurs : la mondialisation, le terrorisme, les précarités généralisées y compris sur le devenir même de la planète avec le dossier de plus en plus vulgarisé du réchauffement climatique ...
La difficulté résulte du fait que ce nouveau clivage ne recouvre pas les frontières de l'ancienne organisation de nos forces politiques. La vie politique ne recouvre plus les grands repères de la réalité sociologique. Le vote du 29 mai 2005 à l'occasion du référendum sur le traité européen est le 1er scrutin à consacrer aussi manifestement l'émergence de cette évolution. Parce qu'elle ne correspond pas aux repères anciens, cette évolution fait imploser les composantes politiques traditionnelles au sein desquelles cohabitent désormais des tenants de lectures trop éclatées de l'avenir.
Laurent Fabius a quitté son positionnement de "techno-crake" moderne pour revenir aux coalitions de l'ancien siècle. Il a tourné la page de la seconde moitié des années 80 qui l'avait vu proclamé champion d'une "société moderne", la "France branchée" qui accepte le marché, l'Europe et les nouvelles technologies.
Le 1er semestre 2005 l'a replacé en fidèle héritier de François Mitterrand cherchant à rassembler la "gauche" pour battre la "droite". Sacré défi puisqu'il existe désormais plusieurs gauches comme plusieurs droites toutes aussi éclatées les unes que les autres. Sur cette ligne, ce ne peut être que la poursuite de l'ère du vide des dernières années car comment concilier les inconciliables si ce n'est en maintenant une parole d'élection tellement déconnectée des réalités qu'elle ne peut avoir valeur de contrat pour l'action.
Avec ce positionnement, DSK a retrouvé un créneau pour partie occupé par S. Royal. C'est l'enjeu des nouvelles étapes qui s'ouvrent.
Est-il possible de créer un "new Labour" à la Française et si oui quelles en seraient les conséquences ?
Dans ce cas, quel espace politique resterait-il à l'UDF ? Des sociaux modérés UMP cohabiteraient-ils encore longtemps avec leurs collègues dirigistes ou franchement libéraux ?
C'est l'ensemble de l'échiquier politique qui pourrait ainsi vivre une recomposition historique. N'est ce pas là le rôle des élections Présidentielles : bâtir le plus petit commun dénominateur qui peut aller jusqu'au seul ciment d'un vote de simple rejet ou construire des majorités d'idées et de projets qui reposent sur une vision partagée de l'avenir ?
Tout est réuni pour que DSK soit l'auteur naturel de cette évolution. S'en remettra-t-il aux vents classiques ou succombera-t-il à l'appel du large ? Derrière ses prochaines prises de position, c'est l'ensemble de l'échiquier politique qui peut trouver un nouvel équilibre historique (voir notre lettre 03 du 30/08/05 : DSK ou l'appel du large ?).