Ségolène Royal résiste au premier vrai affrontement public entre les candidats socialistes

Comme nous l'avions annoncé, le débat public d'hier soir a constitué le premier vrai affrontement entre les candidats à l'investiture socialiste. La leader dans les sondages a montré sa capacité à rester ferme dans ses positions tout en ne parvenant pas à cacher sa volonté d'opérer certaines inflexions sur plusieurs annonces antérieures.

Le cadre convenu du 1er débat a rapidement volé en éclats pour donner lieu à un débat "new look" d'échanges incisifs sans confrontation directe.

Le débat d'hier dégage quatre principes fondateurs pour les prochains débats publics :

1) le vrai apport d'un débat public c'est la capacité à tester les tempéraments. Pour qu' un débat puisse respecter cette vocation, il importe de permettre l'existence de situations imprévues qui naissent des contradictions mises en évidence entre les candidats ou des questions des journalistes. Hier, sur ces deux fronts, des évolutions majeures sont intervenues y compris du côté des journalistes qui avaient manifestement "changé de ton". Sur ce registre, Ségolène Royal a su montrer inlassablement qu'elle était la gardienne de valeurs et le cas échéant l'ultime valeur pouvait être de décider en "mère de famille". Laurent Fabius a démontré, si besoin était, son sens de la répartie comme des formules chocs. Il a probablement excessivement donné dans le registre enflammé certes pour casser l'image froide qui lui colle à la peau mais le cadre se prêtait peu à ses "emportements". Quant à Dominique Strauss Kahn, il visait à compléter l'image du "bon économiste". Il y est parvenu convenablement.

2) Le tempérament réside dans la réaction courte et forte. Une nouvelle fois, les candidats ont manifesté leurs difficultés à faire court. C'est là une spécificité française que de chercher à conceptualiser, replacer la réponse dans une vision d'ensemble. Il faut voir que, comparativement aux démocraties anglo-saxonnes, le temps d'une réponse en France devient presque le temps d'un discours pour leurs homologues. Excepté le discours sur l'Etat de l'Union, une intervention du Président Américain fait 8 à 10 minutes. Cette démarche abstraite des réponses "à la française" altère l'attention des spectateurs.

3) A la fin d'un débat, il doit y avoir une répartition claire des vainqueurs et des vaincus. Là aussi, c'est l'esprit même du débat qui relève davantage du choc sportif que de "l'ex-école des fans" qui n'imaginait pas privilégier un vainqueur. Dés qu'il n'y a pas de vainqueur, le gagnant est de fait le participant entré le mieux placé dans les sondages.

4) Presque à égalité avec le débat lui-même, l'après-débat devient un enjeu important. Des représentants de chaque candidat doivent amplifier une victoire ou chercher à atténuer une défaite. Sur ce dernier volet, il y a encore beaucoup de progrès à effectuer pour organiser l'après-débat en France.

Ce deuxième débat a montré que Ségolène Royal avait effectué des déclarations approximatives. Mais il n'y a pas eu "de mise à mort" c'est à dire de moment décisif où un candidat perd manifestement pied.

Dans un tel contexte, Laurent Fabius et DSK ont peu de chances de pouvoir inverser la logique des sondages. Des tassements de la cote de S. Royal vont intervenir mais ils sont techniquement incontournables tant cette cote était haute.

La campagne s'est probablement jouée avant même l'ouverture de la campagne officielle. Un des candidats a eu la clairvoyance de mettre en oeuvre un calendrier novateur de communication pour bénéficier de l'impact d'un climat de "démocratie d'opinion".
Lors de la prochaine présidentielle, le démarrage actif de campagne interviendra sur des bases nouvelles intégrant la spécificité des primaires.

  • Publié le 25 octobre 2006

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