Ségolène Royal subit une offensive négative sur le réseau internet
Depuis plusieurs jours, la leader socialiste fait l'objet d'une circulation intense d'une reproduction d'un article qui serait paru en mai 1992 dans un bulletin d'une promotion militaire signé par le Général de Brigade Pierre Royal, oncle de la leader socialiste.
Dans cette supposée reproduction faisant par ailleurs référence à diverses déclarations de Ségolène Royal au sujet de son père, le frère de ce dernier exprime avec véhémence ce qu'il pense des déclarations de sa nièce.
Ce n'est pas tant l'objet même de ce dossier renvoyant à des articles de 1992 que le procédé même qui mérite réflexion.
Le web, par l'absence d'intermédiaire entre l'émetteur et le récepteur, va offrir des réseaux nouveaux à des campagnes de ce type.
Dans le monde politique américain, la campagne négative repose sur un bon sentiment : celui du « citoyen averti » (voir notre lettre hebdomadaire 22 du 10/01/06).
Le « citoyen averti » est à la démocratie ce qu'est le « consommateur averti » à la consommation quotidienne. C'est celui qui sait déchiffrer les fausses promesses, poser les bonnes questions, ne se laisse pas piéger par les annonces racoleuses…
Mais comment construire « un citoyen averti » ?
Sous cet angle, c'est simple. Il s'agit d'abord de dénoncer les « complots du concurrent ». Il s'agit ensuite d'appliquer la « publicité comparative ».
En ce qui concerne la notion du « complot », l'axe consiste à dénoncer publiquement les comportements qui portent atteinte à la considération des consommateurs ou des citoyens.
Les premiers pratiquent alors le boycott des produits désignés pour cibles.
Les seconds votent contre les candidats ou contre les responsables qui ne respectent pas certaines valeurs.
Aux USA, cette logique crée une véritable dictature du consommateur ou du citoyen et malheur à l'entreprise ou à l'élu qui entre dans le collimateur de groupes de pression qui organisent alors une clameur qui emporte presque tout sur son chemin.
Cette clameur est d'autant plus redoutable qu'elle ne vise pas toujours à établir une stricte matérialité des faits mais à convaincre que le vrai est révélé.
Un éminent juriste établissait dernièrement dans une revue technique la différence considérable qui peut exister entre « l'objectivement probable et le subjectivement certain ».
Dans une époque qui se dit scientifique, la place de ce que le groupe social croit vrai n'a probablement jamais été aussi grande.
Le réel importe moins que ce qu'on croit qu'il est. Le cas de Ségolène Royal vécu en l'espèce s'inscrit dans ce cadre. Comment une socialiste pourrait-elle être issue d'un milieu militaire et en demeurer solidaire. Demain la même question s'appliquera à la sécurité. Comment une socialiste peut-elle faire respecter l'ordre ?
C'est l'ouverture à des campagnes où le subjectivement certain risque de l'emporter sur l'objectivement probable. Il faut se méfier de tels procédés.