Les partis politiques français toujours frappés par l'hypocrisie en matière d'argent

  • Financements Politiques

Faire une campagne électorale coûte désormais horriblement cher. Les moyens privés de communication ont considérablement gagné en qualité. La communication publique ou politique peut-elle être la « parente pauvre » dans ce paysage ?

Mais la communication n’est qu’un volet d’une campagne électorale. Il faut aussi penser aux dépenses suivantes :
-frais de déplacements,
-fonctionnement de collaborateurs,
- frais de fonctionnement de locaux,


Des chiffres parlent d’eux-mêmes.

Aux USA, pays qui traite ce volet financier avec la plus grande transparence, on estime que pour l’ensemble des comités électoraux qui se chargent des campagnes pour les élections à la Chambre des Représentants ou au Sénat, l’évolution suivante est intervenue :
1960 : 20 millions de dollars,
1968 : 44 millions de dollars,
1976 : 540 millions de dollars,
1980 : 1, 2 milliard de dollars
1988 : 10 milliards de dollars,
1995 : 40 milliards de dollars.
années 2000 : 70 milliards de dollars.

En 2012, chaque candidat à la présidentielle américaine a franchi le seuil du milliard de dollars !

Cette évolution pose 4 questions majeures :

1) jusqu’où évolueront ces dépenses ?

2) les campagnes sont-elles marquées par la victoire du candidat le plus riche ?

3) jusqu’où vont les liens entre le candidat et ses donateurs : « celui qui paie l’orchestre peut-il décider de la musique » ?

4) quelle doit être la part du financement public ?

Une progression ininterrompue

Il n’y a aucune raison objective pour considérer que la masse financière globale des dépenses électorales devrait connaître une quelconque stabilisation. Les terrains de présence des candidats sont de plus en plus nombreux et onéreux. Par conséquent, la dépense électorale globale va continuer à croître.

Pas de corrélation entre le montant de la dépense et la victoire ou l’échec

L’argent n’achète pas le succès électoral. Toutes les études sérieuses conduites dans ce domaine montrent, à chaque époque, que les candidats disposant des plus gros moyens matériels n’emportaient pas automatiquement la victoire.

La vraie question n’est pas tant de savoir si l’argent joue un rôle décisif lors d’une élection mais pourquoi il n’a pas été un facteur déterminant ?

Sous ce volet apparaissent deux constats :

- l’argent est soumis à la loi des rendements décroissants. L’électorat se fatigue d’être bombardé d’appels électoraux trop répétés,

- si une vague de rejet du pouvoir en place est forte, aucune cagnotte électorale ne pourra l’endiguer.


Les conditions du financement

Autre idée reçue qu’il importe de combattre : les montants collectés seraient le fruit de cotisations d’une petite quantité de donateurs mais dépensant des sommes exorbitantes.

Certes des montants considérables alloués par telle ou telle multinationale retiennent l’attention à juste titre. Mais les expertises conduites en la matière attestent que la réalité du montant global provient d’abord du nombre de cotisations individuelles : près de 15 millions de donateurs pour les USA. Pour des campagnes dites locales, 50 % des dons sont inférieurs à 600 dollars.

La limitation du financement

Tous les Etats, y compris les USA, ont ouvert ce volet de la limitation des financements. Cette mesure donne un avantage certain aux sortants qui bénéficient d’une information institutionnelle classique tout au long de l’exercice de leur mandat. Sous cet angle, cette disposition est de plus en plus critiquée.

Les fonds publics

Un volet de la réglementation américaine consiste à ouvrir le choix entre un financement public conditionnel et un financement privé. Les conditions entourant le financement public sont telles que bon nombre des candidats préfèrent rester à l’écart du financement public.

Dans ce contexte général, il existe une "exception française" qui est marquée par 3 facteurs structurels de vices potentiels :

1) Le régime déclaratif global à la fin de la campagne ne permet pas la surveillance progressive qui, seule, assure le véritable contrôle. Aux Etats-Unis, un point public trimestriel est incontournable.

2) La notion même de plafond est d'une grande artificialité et constitue un avantage considérable aux sortants. Donc le principe affiché d'égalité n'existe pas.

3) L'abstention actuelle réside aussi dans des limitations qui rendent les moyens de communication désuets.

La France n'a jamais eu l'honnêteté de construire un dispositif sérieux de contrôle des financements.

Elle subit actuellement les conséquences de cette mentalité qui refuse la clarté avec l'argent : une démocratie a un prix. Une campagne a un coût.

Il serait temps de changer car l'actuel système subit une suspicion généralisée qui lui enlève toute autorité morale.


  • Publié le 29 mai 2014

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